Le syndrome de la page blanche. Je l'ai depuis deux ans. L'absence d'émotions fortes, de vagues de sensations qui engloutissent l'âme, m'ont empêché de pondre une seule ligne.
Là, je me retrouve face à la situation contraire. Je suis submergée. Mon cerveau envoie messages chimiques sur messages chimiques, si bien que je ne sais même pas ce que je ressens. Une colère intense noyée par la nostalgie de ce que j'ai vécu, elle-même atténuée par ma raison. Ma raison. Peut-être la seule que je devrais écouter. Elle me dit de respirer. Inspirer de l'air, laisser l'oxygène pénétrer chaque atome de mon corps. Puis expirer, chasser de mon corps les angoisses en un souffle. Je n'ai pas eu le temps d'anticiper. Je ne m'attendais pas à ça. Pas à elle, pas à lui, pas à elle et lui. Une droite dans mon amour propre. Un coup de poing dans mon estime de moi. Le coup est parti trop vite, si bien que je n'ai pas eu le temps d'intercepter la balle. Reçue en plein c½ur. BANG BANG. Il ne reste qu'un flingue braqué sur moi, une ombre, une flaque de sang, quelqu'un qui s'enfuit, dans un parking, tard, la nuit. C'est exactement ça, en fait. Pour expliquer ce qui m'arrive, il faudrait que je puisse retranscrire le bruit produit par une balle de revolver qui fend l'air. Je suis étendue sur le bitume, les paupières à demi closes. Je suis désorientée. Comme une boussole devenue folle. Le sol est au plafond, le plafond est au sol. La droite devient la gauche, la gauche devient la droite. J'ai déjà vécu ça auparavant, mais pourtant, c'est comme ci les émotions transperçaient mon crâne pour la première fois. Comme ci ces sensations explosaient à l'intérieur d'un c½ur encore vierge de chagrin. La colère, celle de passer au second plan en une minute chrono. Celle d'être oubliée, d'être trompée. La colère, qui me donne envie de hurler « je t'aime, reviens moi », d'éclater le visage de ma rivale sur l'asphalte, et de me délecter de sa souffrance. La nostalgie, qui me murmure dans l'oreille tous nos moments passés. Celle qui me tord le c½ur en quatre. Celle qui me rappelle toutes les fois ou tu m'embrassais. Qui me laisse t'imaginer à présent poser tes lèvres sur les siennes. Les pires scénarios traversent mon esprit : toi, elle, enlacé, tes yeux pleins d'étoiles, les battements de ton c½ur qui s'accélèrent. J'imagine. Le désir que tu as pour elle, l'intérêt que lui portes, la fascination que tu lui voues.
Et ma raison ? Elle me demande de cesser de dramatiser. La vie n'est pas une ligne droite. Elle est segmentée en phases. Les hommes passent leur temps à chercher un sens à leur existence. Une ligne directrice, une trame, n'importe quoi qui donne une signification à la sonnerie de leur réveil matin. Une personne, une passion, un objectif. Ce qu'on ne comprend pas, c'est qu'il y a un sens à chaque phase de notre existence. Quand il s'éteint, une nouvelle période commence.
Il me faut trouver un sens à présent.