Quelques mois plus tôt, j'aimais regarder ces photos, ces instants capturés, sagement encadrés d'une bordure blanche. Ils étaient mon adolescence résumée, la preuve de mon existence. Simplement les regarder, sans nostalgie et sans tristesse. L'unique satisfaction d'observer vos sourires, autour d'un verre, chez moi, chez vous, n'importe où. Votre regard tourné vers l'objectif qui voulait dire « tu as vécu, nous avons été ton entourage, tes repères, ceux dont tu te rappelleras toute ta vie ». Et puis, un pas –fatal- en arrière, celui qu'il ne fallait pas faire.
Je retombe brusquement, je ne suis plus celle qui regarde vos visages heureux, je suis de nouveau parmi vous. Je regarde l'objectif, moi aussi. L'odeur de ma chambre, la sensation du soleil sur la peau déjà chaude, la lumière d'une fin d'après-midi qui recouvre la nature de rose, le bruit du rire d'une personne qu'on aime, l'odeur du sel, ou celle des fruits.
Et puis, l'envie de hurler, le dégoût de reconstruire. L'orgueil de continuer à prouver mon indépendance et ma maturité, et puis, l'impression d'être tombée du paradis. J'ai dérapé du haut d'un nuage.
Et j'ai le c½ur déchiré en deux.